Kabu Kabu de Nnedi Okorafor

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Auteure : Nnedi Okorafor-  Couverture : Katarzyna Wimanska – Traduction : Patrick Dechesne- Les éditions de l’instant –   Parution :  01/05/2018 –  357 pages – Prix : 25 €– Genre : SFFF, afrofuturisme

Quatrième de couverture :

Au bord d’un pipe-line, une jeune femme joue de la guitare pour un zombie d’un genre particulier. Dans un village nigérian, deux soeurs investissent une maison que leurs parents ont fait construire mais qui, curieusement, n’est pas meublée. Au lieu de l’amener à l’aéroport, un chauffeur de kabu kabu, ces taxis clandestins qui hantent les rues de Lagos, emmène sa cliente au coeur des légendes africaines. Sur la côte de Calabar au début du vingtième siècle ou sur l’étrange planète Ginen, Arro-yo est une coureuse de vents, obligée de se battre pour exister malgré sa chevelure qui la désigne aux autres comme maudite

Mon avis:

J’avais adoré Qui a peur de la mort, seule publication traduite en français de l’auteure. Aussi étais-je impatiente de découvrir ce recueil de nouvelles dont la parution était annoncée pour la venue de Nnedi Okorafor aux Imaginales.

Comme souvent nouvelle rime avec lecture commune pour moi. J’ai retrouvé mon partner in crime habituel Blackwolf et nous avons réussi à entraîner Melcouette dans cette formidable aventure.

Pour se mettre dans l’ambiance, la préface est signée Whoopi Goldberg, rien que ça.

Ce recueil comporte 21 nouvelles, qui traitent toute de l’Afrique mais sous bien des aspects. Certains ne nous sont d’ailleurs pas coutumier.

Certains textes ont beaucoup d’humour, comme celui qui ouvre le recueil Le Nègre Magique. Un texte qui semble classique au premier abord mais avec un retournement de situation assez jouissif.

D’autres donnent l’impression d’être en présence d’un griot qui nous conte une histoire traditionnelle. C’est le cas de Kabu Kabu qui nous transporte à bord d’un taxi magique des Etats-Unis au Nigeria. Lors de ce voyage nous rencontrerons de nombreuses figures du folklore : vampire, mascarade. une de mes nouvelles préférées.

On retrouve l’univers de Qui a peur de la mort avec La Tache Noire.  Ainsi que les thèmes du livre : lutte entre peuples, discrimination, rejet de l’autre. Une nouvelle très sombre. Thématique reprise également dans Tumaki, dont la fin est toute aussi cruelle et laisse peu de place à l’espoir. Bakasi parle de rébellion, de coups d’états et des guerres entre ethnies. Mais de façon un peu moins fine. Le mixe message politique-conte ne marche pas toujours très bien. Dans Zula de la cour de récrée de quatrième on retrouve en condensé dans l’espace de la cour, toutes les problématiques de luttes, de discrimination, de refus de la différence, de racisme.

Comment Inyang Obtint ses Ailes aborde un autre thème cher à l’auteure : la  position de la femme dans la société, le poids des traditions inégalitaires. Le tout sur un ton toujours très juste, avec un peu de folklore. Le récit est parfois poétique, mais reste finalement très dur. On retrouve les mêmes idées et presque la même histoire dans Les Vents de l’Harmattan, avec une femme qui vole et qui fuit le poids des traditions. C’est dommage car ces deux textes se suivent. Les Coureurs de Vent suit, mais, cette fois-ci, même s’il y a des points commun l’histoire change et est plus axée sur la notion de couple. Et la femme semble reprendre une revanche à travers le personnage de Arro-yo qui tue son âme sœur. Le Bandit des Palmiers sous la forme d’un conte très traditionnel et de façon plus convenu traite également de la place de la femme dans la société.

Avec Biafra l’auteure aborde l’horreur de la guerre qui sévit dans certaines parties d’Afrique. Une nouvelle courte mais très dense et très dure.

Certaines nouvelles flirtent avec le registre de l’horreur mais n’ont pas la profondeur des autres. Comme pour La Maison des Difformités nouvelle très classique mais avec un fond qui fait penser à Délivrance. Et Le Tapis fait encore plus peur. Un coup à regarder les carpettes de travers.  On reste dans le fantastique avec Sur la Route. Ce texte m’a déconcertée, j’ai eu l’impression qu’il en manquait des bouts. Un début cohérent mais un tout totalement brouillon.

Icône présente des journalistes, il faut se l’avouer plutôt abrutis. Ils vont rencontrer de dangereux rebelles et pensent que cela va se passer de façon civilisé. Rien de très surprenant dans cette nouvelle qui aurait pu être plus percutante s’il n’y avait pas eu d’intervention magique.

Popular Mechanic aborde l’exploitation de l’Afrique par les autres continents, notamment les USA, à travers les réseaux de pipelines qui quadrillent pays. Une nouvelle malheureusement un peu gentillette. On retrouve ces pipelines dans L’Artiste Araignée, mais la nouvelle est beaucoup plus profonde. Elle aborde comme sujet l’amour, le monstre.

Je n’ai pas du tout accroché à Séparés, une histoire de couple fusionnel. Heureusement que mes camarades de lecture étaient là pour lui rendre un peu d’attrait.  Au registre des nouvelles gentilles, il y a également L’Affreux Oiseau, qui m’a laissée un peu de marbre. Ainsi que L’Homme au Long Juju pas très marquant.

Dans plusieurs nouvelles on retrouve l’idée qu’il faut se défendre pour obtenir ce que l’on veut, c’est le cas dans La Guerre des Babouins, où des jeunes filles vont affronter des babouins pour gagner du pouvoir. Mais aussi dans La Fille qui Court.

 

Il y a eu des changements dans l’ordre des nouvelles par rapport au recueil original, je ne sais pas pourquoi ce choix a été fait. Peut-être que pour plus de cohérence il aurait fallu respecter l’ordre initial.

Enfin le gros bémol concernant la lecture de ce recueil, l’édition : fautes d’orthographe, erreur de pagination, mot oublié dans la traduction…. c’est vraiment dommage quand on a une si belle couverture et des textes de qualité (sans parler du prix de l’ouvrage).

 

Pour conclure, même si les nouvelles sont de niveau inégal, aussi bien au niveau du contenu que de l’écriture, certaines sont tout bonnement génial, ou bien nous secouent profondément. Le ressenti global est donc très positif (d’ailleurs lors de cette lecture commune nous n’avons presque pas parlé de bière, juste un peu de rhum).

 

L’avis d’un de mes camarades de lecture commune sur Blog-O-Livre.

D’autres avis chez Au pays des caves trolls,  Naufragés volontaires

13 réflexions sur « Kabu Kabu de Nnedi Okorafor »

  1. Je dois toujours lire Qui a peur de la mort (qui a rejoint ma bibliothèque perso ^^ ).
    Il y a l’air d’y avoir des textes vraiment pas mal du tout dans ce recueil, mais je ne me vois pas l’acheter.
    Je lui préfèrerais un emprunt futur en bibli, surtout si l’édition est si marquée par le gros bémol que tu soulignes (pour moi, ça peut être rédhibitoire à un achat).

    Bref merci pour ce retour de lecture. Je vais aller voir ce qu’en dit Blacky 🙂

  2. Bon bah maintenant que je l’ai ENFIN, je vais le lire. Je suis curieuse de voir les nouvelles, mais c’est sûr que l’aventure éditoriale me fait un peu partir avec un apriori négatif maintenant…

  3. Le gâchis éditorial de ce livre me désole. De toute façon le bouquin n’est pas trouvable en librairie et je ne tenterai pas l’achat en ligne, donc tant pis. J’avais aussi beaucoup aimé Qui a peur de la mort.

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